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Ce qu’il fait à l’intérieur…

“Ce qu’il fait à l’intérieur se voit à l’extérieur“. Il y a quelques années, une célèbre marque française vantait ainsi la qualité du bifidus actif dans ses yaourts. Avouons-le, la comparaison n’est pas des plus élégantes, mais le pape François possède dans l’Eglise des qualités semblables aux petites bactéries du fameux yaourt : transformer de l’intérieur une carcasse un peu fatiguée et lui permettre de rayonner !

Plus sérieusement… s’il est une certitude, après trois années bien remplies de pontificat, c’est que la lente réforme des structures (curie, finances, institutions médiatiques, etc…) voulue par le pape François ne saurait masquer sa véritable réforme, un bouleversement intérieur des membres de l’Eglise, au risque d’en déstabiliser certains. La retraite de Carême vécue cette année encore loin des bureaux du Vatican avec les cardinaux et évêques responsables de la curie romaine est la preuve que cette réforme commence au plus haut de l’institution.

Alors, sans qu’il soit expert en communication, Jorge Mario Bergoglio procède le plus normalement du monde et rabâche le message. Il caresse et embrasse, se penche sur les plus faibles et se tourne vers les plus pauvres, pour proposer de nouveau avec sobriété le message évangélique. Lors de voyages à l’étranger, certains croient apercevoir le Christ lorsque la foule porte à bout de bras jusqu’à lui une personne en fauteuil roulant.

A Rome, François a ouvert de nombreux chantiers dont il pourrait même ne pas voir l’aboutissement. Mais il n’est pas proprement “révolutionnaire“, comme certains le croient (ou l’espèrent). Les gestes forts et les petites phrases choc d’un pape jugé “progressiste“ font bien sûr la Une des grands médias, mais beaucoup sont aux abonnés absents lorsqu’il faut relayer ses appels pour la défense de la vie ou de la famille. Sa réforme, en profondeur, passe d’abord par le témoignage d’une Eglise sans cesse “en sortie“ et l’assurance que Dieu, dans sa grande miséricorde, offre le pardon aux pécheurs.

Antoine-Marie Izoard, © Agence I.MEDIA

 

Depuis quelques mois déjà, circule sur le net un texte en italien attribué au pape François et censé avoir été prononcé durant le Synode des évêques sur la famille d’octobre 2015. Récemment traduit en français, ce “discours sur le bonheur“ est désormais daté du 7 janvier 2016 et partagé avec enthousiasme dans la ‘cathosphère’, notamment sur les réseaux sociaux. Mais ce texte construit comme un poème est tout simplement… un faux.

Ce texte n’a jamais été prononcé par le pape François, confirme à I.MEDIA le vice-directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, le père Ciro Benedettini. Déjà au début du mois, le site spécialisé Il Sismografo – proche du Vatican – avait qualifié ces paroles d’infondées et sans lien avec le magistère du pontife argentin.

Après sa propagation en Italie, le canular a été traduit en français puis diffusé (notamment) par un site d’information africain. Repris en boucle par des croyants sur les réseaux sociaux, le texte faussement attribué au chef de l’Eglise catholique encourage entre autres à “ne jamais renoncer au bonheur, car la vie est un spectacle incroyable“, et à faire de sa vie “un jardin d’occasions d’être heureux“. “N’oubie (sic) pas, ajoute le texte, que ta vie est la plus grande société dans le monde et toi seul peux en empêcher le déclin“. Outre des accents “fleur bleue“ surprenants, on peut remarquer aussi que le discours fait une seule référence à Dieu.

AK – © Agence I.MEDIA

(faux) Discours du Pape François sur le BONHEUR.
7 janvier 2016
« Tu peux avoir des défauts, être anxieux et parfois irrité, mais n’oubie pas que ta vie est la plus grande société dans le monde et toi seul peux en empêcher le déclin. Beaucoup de gens t’apprécient, t’admirent et t’aiment.
J’aimerais que tu te rappelles qu’être heureux ce n’est pas avoir un ciel sans tempête, une route sans accident de la circulation, un travail sans fatigue, relations sans désillusions.
Etre heureux, c’est trouver la force dans le pardon, l’espoir dans les batailles, la sécurité sur la scène de la peur, l’amour dans les désaccords.
Etre heureux, ce n’est pas apprécier seulement le sourire, mais aussi réfléchir sur la tristesse. Ce n’est pas seulement célébrer la réussite, mais apprendre les leçons des échecs. Ce n’est pas seulement se sentir heureux avec les applaudissements mais être heureux dans l’anonymat.
Etre heureux, c’est reconnaître que la vie vaut d’être vécue, malgré tous les défis, les malentendus et les périodes de crise. Etre heureux n’est pas une fatalité du destin mais une victoire pour ceux qui sont capables de voyager dans leur être.
Etre heureux, c’est de cesser de se sentir victime des problèmes et de devenir un acteur de sa propre histoire. C’est traverser les déserts en dehors de soi, mais être capable de trouver un oasis dans les recoins de notre âme. C’est remercier Dieu chaque matin pour le miracle de la vie.
Etre heureux, ce n’est pas avoir peur de ses sentiments mais c’est savoir parler de soi. C’est avoir le courage d’entendre un « NON ». C’est se sentir confiant d’avoir une critique, bien qu’injuste. C’est embrasser les enfants, choyer les parents, vivre des moments poétiques avec des amis, même s’ils nous blessent.
Etre heureux, c’est laisser vivre la créature qui vit en chacun de nous, libre, joyeuse et simple. C’est avoir la maturité nécessaire pour dire: « JE ME SUIS TROMPE ». C’est avoir le courage de dire: « PARDONNES-MOI ». C’est avoir la sensibilité pour dire: « J’AI BESOIN DE TOI ». C’est avoir la capacité de dire: « JE T’AIME ».
Que ta vie devienne un jardin d’occasions d’être heureux… Que dans tes printemps tu sois amant de la joie! Que dans tes hivers tu sois ami de la sagesse. Et que quand tu te trompes de route tu recommences à zéro. Comme ça tu seras plus passionné pour la vie. Et tu découvriras qu’être heureux, ce n’est pas avoir une vie parfaite. Mais user les larmes pour irriguer la tolérance. Utiliser les pertes pour aiguiser la patience. Utiliser les erreurs pour sculpter la sérénité. Utiliser la douleur pour lapider le plaisir. Utiliser les obstacles pour ouvrir les fenêtres de l’intelligence. Ne jamais se rendre! Ne jamais renoncer! Donner à ceux que tu aimes!
Ne jamais renoncer au bonheur, car la vie est un spectacle incroyable! »

La lecture du “calendrier des événements présidés par le Saint-Père“ proposé par la Préfecture de la Maison Pontificale peut s’avérer parfois source de surprises. Ainsi, celui qui vient d’être récemment mis à jour sur le site du Vatican propose le calendrier du pape François jusqu’à fin juin 2016 et laisse à penser que, cette année encore, le pontife de 79 ans ne lésinera pas sur les voyages apostoliques.

On sait déjà que le pape François se rendra en visite apostolique au Mexique du 12 au 18 février, et aussi qu’il se rendra en Pologne fin juillet pour participer aux Journées mondiales de la jeunesse organisées à Cracovie, faisant très probablement aussi étape au camp d’extermination d’Auschwitz ainsi qu’au sanctuaire marial de Czestochowa.

Dans la longue liste des rendez-vous pontificaux, on trouve les dates des messes présidées par le pape, mais aussi des Angélus, des audiences générales du mercredi et désormais des audiences spéciales du samedi à l’occasion du Jubilé de la miséricorde. On découvre aussi, c’est le plus cocasse, que l’Angélus du dimanche 22 mai est “annulé“, de même pour l’audience générale du mercredi 22 juin et l’Angélus du dimanche 26 juin.

Parce qu’il est un peu joueur, le vaticaniste croit pouvoir imaginer que le pape François fera un saut dans un pays d’Europe le dimanche 22 mai. Pourquoi pas à nouveau un petit pays des Balkans comme le Kosovo ? Ou bien encore l’Arménie où il a promis de se rendre ? L’annonce de ce déplacement, quoi qu’il en soit, ne devrait pas tarder. Et puis l’absence prolongée du pape durant la quatrième semaine de juin laisse à penser qu’il pourrait voyager un peu plus loin qu’en Europe ou dans un pays qui requiert d’effectuer plusieurs étapes. A suivre…

AMI – © Agence I.MEDIA

Le pape “des périphéries“, si populaire à travers le monde, semble avoir bien du mal à percer dans le cœur de quelques catholiques. Pour leur défense, il faut dire que son style hors du commun, son aversion pour ‘la langue de buis’ et sa volonté de secouer l’Eglise catholique en déroutent plus d’un. Tant et si bien que la moindre nouveauté au Vatican hérisse le poil de certains grincheux et que tout est bon pour vouer le chef de l’Eglise aux gémonies. Au point que quelques utilisateurs de Twitter en viennent à publier des photos du pape François dans des situations peu recommandables à leurs yeux – avec un bouddhiste, un musulman, etc – , accompagnées de la mention #NotMyPope, celui-ci n’est pas mon pape ! Comprenez par là : Benoît XVI, lui, au moins, n’aurait pas fait cela. Cependant, on sourira (un peu) en se rappelant que ce slogan accueillit dans d’autres milieux, en 2005, l’élection du cardinal Joseph Ratzinger !

Pour s’en convaincre, il suffit de voir les cris d’orfraie poussés par certains après le spectacle son et lumière, baptisé Fiat Lux, organisé place Saint-Pierre au soir du 8 décembre. Quelques observateurs et analystes de la vie vaticane, sur les réseaux sociaux, se déchaînent contre ce spectacle qui a vu la projection sur la façade de la basilique Saint-Pierre d’animaux et de paysages, en lien avec le sommet de Paris sur le climat. Outre les corbeaux et les loups auxquels l’actualité vaticane nous a habitués, les lions majestueux, les dauphins et les grenouilles étaient à l’honneur.

“Trop c’est trop“, s’énerve un internaute, quand un autre déplore ce “spectacle effroyable“. Un catholique attaché à la tradition dénonce “une obscénité néo-païenne pour la fête de l’Immaculée“, et un autre juge que “cette projection d’animaux a quelque chose de démoniaque“. Un site Internet, enfin, fustige ce “spectacle inconcevable place Saint-Pierre“ et voit clairement “un affront à la basilique symbole de la catholicité“.

Si l’on peut légitimement se poser quelques questions sur les motivations de l’un des principaux organisateurs de cet évènement, à savoir la Banque mondiale, ou encore la cohérence de la date choisie – une grande fête mariale et le jour même de l’ouverture du Jubilé de la miséricorde -, on peut réfuter tous les arguments concernant les animaux projetés sur la basilique Saint-Pierre. “Les images projetées présentaient la nature, la Création de Dieu“, écrit ainsi sur son blog le vaticaniste italien Andrea Tornielli avant de s’interroger : “Sommes-nous sûrs que la présence de lions, de dauphins, de baleines, d’abeilles et de papillons sur la façade de Saint-Pierre ait été une ‘désacralisation’ ? Jeter un œil à ce qui se trouve à l’intérieur de la basilique vaticane, c’est-à-dire dans un espace certainement plus sacré que la façade, aurait dû encourager à un peu plus que prudence dans les commentaires“.

Et le vaticaniste de relever que la basilique du pape abrite pas moins de 67 espèces animales différentes. Les sculptures, mosaïques et bas-reliefs comptent ainsi pas moins de 500 abeilles, 470 colombes et une centaine de… dragons. Sans parler des lions, des serpents, baleines, des chauve-souris, des lézards et des créatures de la mythologie. Un véritable zoo sacré.

Antoine-Marie Izoard

PS. A l’avenir, le Vatican pourrait aussi, quoiqu’il en soit, s’intéresser aux projections déjà organisées sur les façades d’édifices religieux, à Lyon, Nantes ou Sydney, parmi tant d’autres. L’architecture, l’art religieux et la foi y étaient à l’honneur.

Un synode… et beaucoup de questions

Pour peu que l’on tente de sortir d’une lecture binaire malheureusement assez répandue – du type “le pape ferme la porte aux divorcés-remariés“ ou à l’inverse “l’Eglise s’ouvre enfin aux homosexuels“ -, force est de constater que les propos du pape François au début du second synode sur la famille laissent place à de nombreuses questions. Quatre jours après l’ouverture solennelle du synode, on est partagé entre l’appel du pape à plus de miséricorde face à la “rigidité“ des ministres de l’Eglise, son souhait d’une “Eglise qui abandonne les vieux filets“ pour pêcher les âmes, et d’un autre côté son rappel ferme de l’indissolubilité du sacrement de mariage, d’une fidélité sans faille au magistère.

On comprend alors que les pères synodaux, qui soumettront au vote une série de propositions après trois semaines de travail, sont confrontés à “un véritable exercice d’équilibriste“, comme le confie une observatrice autorisée et fortement rodée à ces assemblées, Romilda Ferrauto de Radio Vatican.

Alors quoi ?

L’Eglise est au milieu du gué, et les pères synodaux avec elle. L’Eglise peut-elle en effet proposer une pastorale plus ouverte, accueillante et miséricordieuse à l’égard des pécheurs sans même toucher un seul cheveu de la doctrine, en particulier sur l’indissolubilité du mariage ? Jusqu’où la pastorale et la discipline n’empiètent-elles pas sur la doctrine de l’Eglise ?

S’il s’agit juste d’une question de “langage“, un terme maintes fois entendu depuis trois jours, fallait-il alors convoquer pour cela les représentants de l’Eglise à travers le monde ?

Et puis, une autre question… “Le synode, a affirmé le pape François en ouvrant les travaux, est un espace protégé où l’Eglise fait l’expérience de l’Esprit Saint“. Pourquoi alors proposer chaque jour à la presse d’interminables briefings et choisir de publier 39 rapports des groupes linguistiques, au risque de réitérer l’erreur commise l’an passé avec la diffusion d’un rapport intermédiaire contesté jusque dans la Salle du Synode ? Au risque, aussi, de créer des attentes qui seraient insatisfaites ?

Les réponses à ces questions sont probablement dans le cœur du pape… jésuite.

Antoine-Marie Izoard