Le pape “des périphéries“, si populaire à travers le monde, semble avoir bien du mal à percer dans le cœur de quelques catholiques. Pour leur défense, il faut dire que son style hors du commun, son aversion pour ‘la langue de buis’ et sa volonté de secouer l’Eglise catholique en déroutent plus d’un. Tant et si bien que la moindre nouveauté au Vatican hérisse le poil de certains grincheux et que tout est bon pour vouer le chef de l’Eglise aux gémonies. Au point que quelques utilisateurs de Twitter en viennent à publier des photos du pape François dans des situations peu recommandables à leurs yeux – avec un bouddhiste, un musulman, etc – , accompagnées de la mention #NotMyPope, celui-ci n’est pas mon pape ! Comprenez par là : Benoît XVI, lui, au moins, n’aurait pas fait cela. Cependant, on sourira (un peu) en se rappelant que ce slogan accueillit dans d’autres milieux, en 2005, l’élection du cardinal Joseph Ratzinger !

Pour s’en convaincre, il suffit de voir les cris d’orfraie poussés par certains après le spectacle son et lumière, baptisé Fiat Lux, organisé place Saint-Pierre au soir du 8 décembre. Quelques observateurs et analystes de la vie vaticane, sur les réseaux sociaux, se déchaînent contre ce spectacle qui a vu la projection sur la façade de la basilique Saint-Pierre d’animaux et de paysages, en lien avec le sommet de Paris sur le climat. Outre les corbeaux et les loups auxquels l’actualité vaticane nous a habitués, les lions majestueux, les dauphins et les grenouilles étaient à l’honneur.

“Trop c’est trop“, s’énerve un internaute, quand un autre déplore ce “spectacle effroyable“. Un catholique attaché à la tradition dénonce “une obscénité néo-païenne pour la fête de l’Immaculée“, et un autre juge que “cette projection d’animaux a quelque chose de démoniaque“. Un site Internet, enfin, fustige ce “spectacle inconcevable place Saint-Pierre“ et voit clairement “un affront à la basilique symbole de la catholicité“.

Si l’on peut légitimement se poser quelques questions sur les motivations de l’un des principaux organisateurs de cet évènement, à savoir la Banque mondiale, ou encore la cohérence de la date choisie – une grande fête mariale et le jour même de l’ouverture du Jubilé de la miséricorde -, on peut réfuter tous les arguments concernant les animaux projetés sur la basilique Saint-Pierre. “Les images projetées présentaient la nature, la Création de Dieu“, écrit ainsi sur son blog le vaticaniste italien Andrea Tornielli avant de s’interroger : “Sommes-nous sûrs que la présence de lions, de dauphins, de baleines, d’abeilles et de papillons sur la façade de Saint-Pierre ait été une ‘désacralisation’ ? Jeter un œil à ce qui se trouve à l’intérieur de la basilique vaticane, c’est-à-dire dans un espace certainement plus sacré que la façade, aurait dû encourager à un peu plus que prudence dans les commentaires“.

Et le vaticaniste de relever que la basilique du pape abrite pas moins de 67 espèces animales différentes. Les sculptures, mosaïques et bas-reliefs comptent ainsi pas moins de 500 abeilles, 470 colombes et une centaine de… dragons. Sans parler des lions, des serpents, baleines, des chauve-souris, des lézards et des créatures de la mythologie. Un véritable zoo sacré.

Antoine-Marie Izoard

PS. A l’avenir, le Vatican pourrait aussi, quoiqu’il en soit, s’intéresser aux projections déjà organisées sur les façades d’édifices religieux, à Lyon, Nantes ou Sydney, parmi tant d’autres. L’architecture, l’art religieux et la foi y étaient à l’honneur.