Pour peu que l’on tente de sortir d’une lecture binaire malheureusement assez répandue – du type “le pape ferme la porte aux divorcés-remariés“ ou à l’inverse “l’Eglise s’ouvre enfin aux homosexuels“ -, force est de constater que les propos du pape François au début du second synode sur la famille laissent place à de nombreuses questions. Quatre jours après l’ouverture solennelle du synode, on est partagé entre l’appel du pape à plus de miséricorde face à la “rigidité“ des ministres de l’Eglise, son souhait d’une “Eglise qui abandonne les vieux filets“ pour pêcher les âmes, et d’un autre côté son rappel ferme de l’indissolubilité du sacrement de mariage, d’une fidélité sans faille au magistère.

On comprend alors que les pères synodaux, qui soumettront au vote une série de propositions après trois semaines de travail, sont confrontés à “un véritable exercice d’équilibriste“, comme le confie une observatrice autorisée et fortement rodée à ces assemblées, Romilda Ferrauto de Radio Vatican.

Alors quoi ?

L’Eglise est au milieu du gué, et les pères synodaux avec elle. L’Eglise peut-elle en effet proposer une pastorale plus ouverte, accueillante et miséricordieuse à l’égard des pécheurs sans même toucher un seul cheveu de la doctrine, en particulier sur l’indissolubilité du mariage ? Jusqu’où la pastorale et la discipline n’empiètent-elles pas sur la doctrine de l’Eglise ?

S’il s’agit juste d’une question de “langage“, un terme maintes fois entendu depuis trois jours, fallait-il alors convoquer pour cela les représentants de l’Eglise à travers le monde ?

Et puis, une autre question… “Le synode, a affirmé le pape François en ouvrant les travaux, est un espace protégé où l’Eglise fait l’expérience de l’Esprit Saint“. Pourquoi alors proposer chaque jour à la presse d’interminables briefings et choisir de publier 39 rapports des groupes linguistiques, au risque de réitérer l’erreur commise l’an passé avec la diffusion d’un rapport intermédiaire contesté jusque dans la Salle du Synode ? Au risque, aussi, de créer des attentes qui seraient insatisfaites ?

Les réponses à ces questions sont probablement dans le cœur du pape… jésuite.

Antoine-Marie Izoard

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