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Cagliari (Italie) - le 22/09/2013 à 10:42:00 Agence I.Media
Devant le monde du travail, à Cagliari, le pape François dénonce “l’idole“ du “Dieu de l’argent“.

Lors de la première étape de sa visite pastorale en Sardaigne (Italie), le pape François a présidé une rencontre émouvante et forte avec le monde du travail, à Cagliari, dans la matinée du 22 septembre 2013. Devant des ouvriers, des entrepreneurs et des chômeurs, le pape a dénoncé avec force un “système économique au centre duquel se trouve une idole, qui s’appelle l’argent“, responsable de la crise que connaît le monde. “Là où il n’y a pas de travail, il n’y a pas de dignité !“ a assuré le pape lors de cette rencontre organisée près du port de Cagliari.


Avant sa première intervention en Sardaigne, le pape François a écouté les témoignages souvent poignants d’un ouvrier au chômage, d’un entrepreneur et d’un berger. Puis il a commencé à prononcer quelques phrases du discours préparé pour l’occasion avant de faire part de son expérience personnelle de la “souffrance“ liée au manque de travail. Le pape argentin a alors raconté l’expérience de ses parents qui avaient “tout perdu“ et comment il avait entendu parler de cette souffrance “à la maison“.

Continuant à improviser, le pape a ensuite établi un lien entre ses 2 premières visites pastorales en Italie, sur 2 îles. Il a ainsi d’abord confié avoir vu à Lampedusa (Sud de l’Italie), début juillet, “la souffrance de tant de gens qui cherchent pain, dignité et santé en risquant leur vie, lors de sa rencontre avec les candidats à l’immigration qui débarquent sur le continent européen.

Sans travail, pas de dignité

Cette fois-ci, au Sud de la Sardaigne, le pape François a souhaité dénoncer avec force la “souffrance“ du “manque de travail“ qui “conduit à se sentir sans dignité“. “Là où il n’y a pas de travail, il n’y a pas de dignité !“ a alors lancé le pape, salué par des applaudissements nourris.

Avec plus de force encore, le pape a alors assuré que le chômage n’était “pas seulement un problème de la Sardaigne, même s’il est fort ici, un problème de l’Italie ou de certains pays d’Europe, mais la conséquence d’un choix mondial, d’un système économique qui conduit à cette tragédie“. Et le souverain pontife de dénoncer “un système économique au centre duquel se trouve une idole, qui s’appelle l’argent“. Le taux de chômage culmine actuellement à 18,6 % en Sardaigne. Quant aux jeunes, plus de la moitié sont actuellement sans emploi sur l’île.

“Dieu, a expliqué aussitôt le pape, a voulu qu’il n’y ait pas une idole au centre du monde, mais l’homme et la femme qui, avec leur travail, font avancer le monde“. “Le monde est devenu idolâtre du Dieu de l’argent !“, a encore insisté le pape François avant de déplorer que ce soient “les sous qui commandent“.

Dans ce monde, a-t-il poursuivi, “il n’y a pas de place pour les personnes âgées“ qui subissent ainsi une “euthanasie cachée“, et pour les jeunes qui “tombent“ eux aussi car “ils ne trouvent pas de travail et de dignité“. Une fois encore, selon l’une de ses expressions favorites, le pape François a dénoncé la “culture du rejet“ qui écarte les jeunes comme les anciens.

“Courage“, a répété le pape François à plusieurs reprises en précisant cependant qu’il ne voulait pas être comme “un employé de l’Eglise“ qui propose “une belle parole“ et puis s’en va. “Ne vous laissez pas voler votre espérance“, a-t-il encore demandé.

Le pape a terminé son intervention par une prière improvisée, dans un silence impressionnant, sous les yeux de nombreux ouvriers coiffés d’un casque de chantier ou en tenue de travail. Il a conclu cette prière en demandant au Seigneur d’aider les hommes “à lutter pour le travail“.

En souriant, le pape François a ensuite reconnu qu’il était largement sorti de son texte et a renoncé à lire le discours dans lequel, déjà, il dénonçait le “travail inhumain“ et “qui rend esclave“. Dans ce texte, il assurait en outre que la crise actuelle n’était pas seulement économique mais aussi éthique, spirituelle et humaine. Il expliquait enfin qu’à sa “racine“ se trouvait “une trahison du bien commun, de la part des individus comme des groupes de pouvoir“.

A Cagliari, Antoine-Marie Izoard, I.MEDIA


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