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Vatican - le 01/07/2019 à 12:00:00 Agence I.Media
Face à un “préjugé négatif” contre l’Eglise, le Pénitencerie apostolique rappelle l’inviolabilité du secret de confession

Le secret de confession ne peut “jamais et pour aucune raison” être violé, rappelle avec force la Pénitencerie apostolique dans une note publiée ce 1er juillet 2019. Ce document affirme également que l’absolution d’un crime ou délit ne peut “jamais” être conditionnée à la reddition devant la justice.


© Antoine Mekary | ALETEIA | I.Media

Le progrès “technico-scientifique”, commente durement le document, est bien souvent une “involution culturelle et morale” qui oublie Dieu, voire qui Lui est hostile. Existe ainsi une “hypertrophie communicative” qui vient s’opposer à la recherche de la vérité, et un monde de la communication qui semble vouloir “se substituer” à la réalité. Cela se retrouve même parmi les croyants, où certains dépensent de “précieuses” énergies à la recherche d’informations ou de scandales, afin d’aller dans le sens de l’opinion publique. Celle-ci devient le tribunal “ultime” et peut illégitimement et “irréparablement” porter atteinte à la réputation d’une personne.

Dans ce contexte, dénonce la Pénitencerie apostolique, apparaît un “préjugé négatif préoccupant” à l’égard de l’Eglise qui est réduite aux “tensions” qui peuvent exister au sein de sa hiérarchie ou – pire encore – aux abus “horriblement” commis par des membres du clergé. Cela conduit à “l’injustifiable revendication” que l’Eglise doit conformer son propre droit aux droits civils afin de garantir sa “rectitude”. Et ce particulièrement en matière de secret, à commencer par le secret de confession.

La note de la Pénitencerie apostolique vient ainsi réaffirmer l’inviolabilité du sceau de la confession qui vient “directement du droit divin” et est donc à la fois “indispensable” et “indisponible”. Il relève de “l’essence même” du christianisme et le prêtre doit défendre le secret de confession, y compris jusqu’à donner son sang. Il ne lui est “jamais et pour aucune raison” permis de rompre ce secret. D’autant plus que le prêtre “ne sait pas” véritablement les péchés révélés, puisqu’il ne les a pas écoutés en son nom, mais en celui de Dieu. Ainsi, il lui est interdit de s’en souvenir volontairement et il est tenu à en supprimer le souvenir. Dans le même sens, même le pénitent n’a pas le vouloir de relever son confesseur de cette obligation de silence.

L’absolution ne peut être conditionnée à la reddition

Le sceau de la confession, rappelle encore la note, s’applique également lorsque l’absolution ne peut être concédée. A ce sujet, la Pénitencerie apostolique affirme que l’absolution ne peut “jamais” être conditionnée par l’obligation de se livrer à la justice civile, en vertu du principe nemo tenetur se detegere (personne n’est tenu à s’accuser soi-même). En revanche, pour être valide, le sacrement nécessite le “sincère repentir” et la “ferme résolution de s’amender et de pas réitérer” le mal commis. Si le pénitent est une victime, il est de la mission du confesseur de l’informer de ses droits et des instruments juridiques.

Le secret de confession, défend le Saint-Siège, ne peut “jamais” être vu comme une “connivence” avec le mal, dont il est au contraire le “seul véritable antidote”. En effet, c’est la garantie de la possibilité de s’abandonner à l’amour de Dieu et d’ainsi “se laisser convertir et transformer” par cet amour, pour agir selon celui-ci dans la vie concrète.

Par ailleurs, la note ne se limite pas au secret de confession et revient sur la direction spirituelle, c’est-à-dire sur le for interne ‘extra-sacramentel’. Dans la direction spirituelle, le fidèle ouvre “librement” le secret de sa conscience, pour être accompagné vers l’accomplissement de la volonté de Dieu. Cette mission ne peut donc se concevoir que “devant Dieu“ et requiert également le secret “ad extra”. Par exemple, illustre la note, que ce soit pour les candidats au sacerdoce que pour les causes en béatification, le même secret est imposé aux directeurs spirituels qu’aux confesseurs.

Enfin, la Pénitencerie apostolique revient sur les autres secrets dans l’Eglise, en particulier le secret pontifical. Les informations couvertes par ce secret relevant du salut des âmes et du bien de l’Eglise, seul le Souverain pontife peut interpréter correctement l’usage qui doit en être fait. Sur la révélation ou le silence d’autres secrets, il convient de se conformer au “précepte de l’amour fraternel” et aux degrés de correction fraternelle : admonestation privée, admonestation avec une personne, admonestation avec quelques personnes, et enfin seulement admonestation publique (Mt 18, 15-17).

Le secret de confession attaqué dans certains pays 

En cette époque de communication “massive” où la vie de personnes peut être “brûlée” par des informations, il est nécessaire de redécouvrir la force de la parole et son potentiel “destructif”, conclut le document. Il convient de retrouver un “ardent amour pour la vérité” et “d’éviter tout usage instrumentalisé et erroné” d’informations sur la vie privée, sociale et ecclésiale qui puissent offenser tant la dignité de la personne que la Vérité, c’est-à-dire le Christ Lui-même.

Signé le 29 juin du cardinal Mauro Piacenza, pénitencier majeur, et de Mgr Krzysztof Nykiel, régent, ce document a été approuvé le 21 juin par le pape François qui en a ordonné la publication. Il intervient alors que certains Etats – notamment l’Australie ou la Californie (Etats-Unis) – veulent légiférer pour nier le secret de confession, en particulier en matière d’abus sexuels sur mineurs.  

En mai dernier, le Saint-Siège avait dévoilé le motu proprio Vox estis lux mundi qui impose aux clercs et consacrés une “obligation” de dénoncer de tels abus dont ils auraient eu connaissance, sauf s’ils les avaient appris dans le cadre de leur “ministère sacré” (Code de droit canon 1548§2). Alors que seul le secret de confession semblait concerné, cette note semble élargir au secret de la direction de conscience et au secret pontifical. XLN


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