Retour
A bord de l’avion papal - le 19/01/2015 à 20:01:00 Agence I.Media
Genre, contraception, liberté d’expression, voyages… la conférence de presse du pape François en rentrant de Manille.
Dans l’avion qui le ramenait de Manille (Philippines), le pape François a sacrifié à la traditionnelle conférence de presse, le 19 janvier 2015, alors qu’il survolait la Chine. Il est revenu sur son séjour aux Philippines, deuxième étape de ce voyage qui l’avait d’abord mené au Sri Lanka, fustigeant notamment la “colonisation idéologique“ des groupes qui cherchent à imposer la théorie du genre comme “les jeunesses hitlériennes“ qui voulaient “coloniser le peuple“. Si chaque enfant est “un trésor“, les chrétiens ne sont pas forcés de “faire des enfants en série“ tels “des lapins“, a soutenu le pape en appelant à une “paternité responsable“ et en prônant les moyens de contraception “licites“.

Passant un peu plus d’une heure avec les journalistes qui l’accompagnent, le pape François a souhaité une liberté d’expression gouvernée par la “prudence“, relevant que nul ne peut “insulter et provoquer quelqu’un continuellement“ car il risque de recevoir “une réaction injuste“. Le chef de l’Eglise catholique a en outre annoncé qu’il souhaiterait pouvoir se rendre pour la première fois en Afrique en 2015, faisant étape en République centrafricaine et en Ouganda, mais aussi en Amérique latine : en Equateur, en Bolivie et au Paraguay.

La théorie du genre
 
Le 16 janvier dernier, le pape avait appelé les familles philippines à “dire non“ à la “colonisation idéologique“ qui tente de “détruire“ la famille. A la demande d’un journaliste, il a précisé ce qu’il entendait par “colonisation idéologique“, ne donnant cependant qu’un seul exemple. L’ancien archevêque de Buenos Aires s’est ainsi rappelé d’une ministre de l’éducation qui avait souhaité emprunter de l’argent pour construire des écoles pour les pauvres, en 1995, et qui avait obtenu le prêt à condition que ces écoles utilisent un livre “où l’on enseignait la théorie du genre“. “C’est ça la colonisation idéologique : ils entrent dans un peuple avec une idée qui n’a rien à voir avec le peuple - avec des groupes, oui, mais pas avec le peuple - et ils colonisent le peuple avec une idée qui veut changer une mentalité ou une structure“.

“Mais ce n’est pas nouveau, a poursuivi le pape, les dictatures du siècle dernier ont fait de même, elles sont entrées avec leur doctrine. Il suffit de penser aux Balilla (organisation de jeunesse du régime fasciste de Mussolini), à la jeunesse hitlérienne : ils voulaient coloniser le peuple, et combien de souffrance !“ “Les peuples ne doivent pas perdre leur liberté (…) chaque peuple a sa culture mais lorsque des conditions sont imposées par les empires colonisateurs, ils cherchent de faire perdre aux peuples leur identité“.

Naissances et contraception licite

A deux reprises, le pape a évoqué la question de la natalité, rappelant d’abord que “l’ouverture à la vie est condition du sacrement de mariage“. Il a jugé que Paul VI, le pape de l’Encyclique Humanae Vitae, n’avait pas été “suranné“ou “fermé“, mais un “prophète“ qui avait refusé la contraception parce qu’il voyait “le néomalthusianisme en cours“, à savoir le taux très bas de fécondité. “Ce néomalthusianisme, a relevé le pape François, cherchait un contrôle des natalités par les puissances“.

“Cela ne veut pas dire que le chrétien doit faire des enfants en série“, s’est cependant exclamé le pape François en confiant avoir “reproché“ il y a quelques mois à une femme d’être enceinte de son huitième enfant après sept césariennes : “Mais voulez-vous laisser sept orphelins ?“. “C’est tenter Dieu“, a relevé le pape avant de proposer la voie de “la paternité responsable“.

“Certains croient que - pardonnez-moi l’expression - pour être de bons catholiques, on doit être comme des lapins“, a lancé le pape François en invitant aussi à prêter attention à “la générosité de ces papas et de ces mamans qui voient en chaque enfant un trésor“.

Particulièrement interpellé sur les moyens de contraception qui permettraient de freiner la forte natalité aux Philippines qui risque d’accentuer la pauvreté, le pape a assuré que, “pour les gens les plus pauvres, un enfant est un trésor“. Il a de nouveau appelé à une “paternité responsable“ et expliqué qu’il y avait dans l’Eglise “des groupes matrimoniaux, des experts en la matière, des pasteurs qui réfléchissent“. “Moi je connais tant et tant de moyens licites qui ont aidés à cela“, a-t-il soutenu sans plus de précisions.

Liberté d’expression et “coup de poing“

Le pape François a précisé le sens de ses propos, quatre jours plus tôt, sur les “limites“ de la liberté d’expression après l’attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo à Paris. S’il avait assuré que chacun avait “le droit“, même “l’obligation de dire ce qu’il pense pour aider le bien commun“, le pape avait fait comprendre que ceux qui provoquent ou offensent peuvent s’attendre à une réaction, assurant qu’il mettrait “un coup de poing“ à un ami s’il insultait sa mère. Ces propos ont parfois été mal été interprétés.

C’est pourquoi le pape a apporté cette précision : “En théorie nous pouvons dire qu’une réaction violente devant une offense ou une provocation n’est pas une bonne chose, on ne doit pas le faire. En théorie, on peut dire ce que dit l’Evangile : nous devons tendre l’autre joue. En théorie, nous devons dire que nous avons tous la liberté de nous exprimer, et c’est important. Dans la théorie, nous sommes tous d’accord, mais nous sommes humains, et il y a la prudence, qui est une vertu de la coexistence humaine. Je ne peux pas insulter et provoquer quelqu’un continuellement, car je risque de l’énerver, je risque de recevoir une réaction injuste, injuste. Mais c’est humain. Pour cela je dis que la liberté d’expression doit tenir compte de la réalité humaine, et pour cela elle doit être prudente“.

Un voyage en Afrique fin 2015

Assurant qu’il répondait “hypothétiquement“, le chef de l’Eglise catholique a émis le souhait de se rendre courant 2015, “vers la fin de l’année“, en République centrafricaine et en Ouganda. Il a confirmé en outre les étapes de son voyage aux Etats-Unis en septembre prochain : Philadelphie pour la rencontre mondiale des familles, New-York pour se rendre au sièges des Nations unies, et Washington où il devrait effectuer la canonisation “équipollente“ du franciscain espagnol Junipero Serra (1713-1784), évangélisateur de la Californie et visiter le Congrès. Il a indiqué cependant qu’il ne se rendrait pas sur la côte Ouest, et probablement pas au Mexique.
 
L’Equateur, la Bolivie et le Paraguay sont les trois pays qu’il pourrait visiter en 2015, probablement au début de l’été. Le pape a assuré vouloir se rendre l’année suivante au Chili, en Uruguay et en Argentine, son pays natal, précisant alors que tout était “provisoire“.

La corruption

Au cours de son séjour aux Philippines, le pape François a plusieurs fois dénoncé la corruption qui gangrène le pays. Devant les journalistes il a soutenu qu’il s’agissait d’un “problème mondial“. Une personne corrompue “vole le peuple“, a-t-il affirmé, déplorant qu’il y ait aussi “des personnes ou des institutions de l’Eglise qui tombent dans la corruption“. “C’est une plaie dans l’Eglise, mais il y a tellement de saints, tellement de saints pécheurs, mais pas corrompus“, a-t-il expliqué avant de lancer, une nouvelle fois : “Pécheurs oui, corrompus jamais !“

La Chine et le Dalaï-lama

Alors que son avion survolait la Chine, le chef de l’Eglise catholique a assuré une nouvelle fois que les responsables du Saint-Siège étaient “ouverts“ vis-à-vis de Pékin avec qui les relations avancent “pas à pas“, mais aussi qu’il n’était “pas vrai“ qu’il ait récemment refusé d’accueillir le Dalaï-lama au Vatican parce qu’il avait “peur“ de la réaction chinoise. “Il est habituel dans le protocole de la Secrétairerie d’Etat de ne pas recevoir des chefs d’Etats ou des gens de ce niveau lorsqu’ils sont dans une réunion internationale à Rome“, a-t-il expliqué avant d’indiquer que le Vatican avait des “relations“ avec le Dalaï-lama et qu’il aurait l’occasion de le rencontrer.

L’accueil des Philippins

A la question de savoir ce qui l’avait plus touché lors de son passage aux Philippines, le pape François a parlé de gestes qui “font presque pleurer“. “Les gestes m’ont ému, a-t-il ainsi expliqué, ce n’était pas des gestes protocolaires (…) mais des gestes ressentis, des gestes venus du cœur“. Il a particulièrement cité “le geste des papas qui brandissaient leurs enfants pour que le pape les bénisse“, au bord des routes, “comme pour dire celui-là est mon trésor, celui-là est mon avenir, celui-ci est mon amour, pour lui cela vaut la peine de travailler, pour lui cela vaut la peine de souffrir“. “C’est un peuple qui sait souffrir“, a encore confié le pape qui a dit également avoir été touché par “l’enthousiasme non feint“ des Philippins, et marqué par le fait que, lors de la messe qu’il célébrait à Tacloban sous une pluie battante, “les enfants de chœur (…) n’avaient jamais perdu le sourire“.

A bord de l’avion papal, Antoine-Marie Izoard, I.MEDIA

© 2015 I.MEDIA
I.Media