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A bord de l’avion papal - le 15/01/2015 à 13:02:00 Agence I.Media
“On ne peut pas insulter la foi des autres“, assure le pape François tout en louant les bienfaits de la liberté d’expression.

“En matière de liberté d’expression, il y a des limites“. C’est ce que le pape François a tenu à souligner dans l’avion qui le menait du Sri Lanka aux Philippines, le 15 janvier 2015, en réaction à l’attentat meurtrier contre la rédaction du journal satirique français Charlie Hebdo, huit jours plus tôt. S’il a réaffirmé avec force que “tuer au nom de Dieu“ était une véritable “aberration“, le chef de l’Eglise catholique a soutenu que l’on ne pouvait pas “provoquer“ ou “insulter la foi des autres“.


© I.MEDIA

Interrogé à bord de l’avion par un journaliste français, le pape a clairement fait référence aux attentats de Paris et expliqué qu’il existait des “limites“ en matière de liberté d’expression. S’il a assuré que chacun avait “le droit“, même “l’obligation de dire ce qu’il pense pour aider le bien commun“, le pape a fait comprendre que ceux qui provoquent ou offensent peuvent s’attendre à une réaction. (Le verbatim de la réponse du pape se trouve à la fin de cette dépêche).

45 minutes avec les journalistes

Interpellé sur les menaces du terrorisme islamique qui pèsent sur lui et le Vatican, le pape François s’est dit d’abord “préoccupé“ pour les fidèles avant d’ajouter : “J’ai peur, mais vous savez, j’ai un défaut, j’ai une bonne dose d’inconscience !“ Puis il a affirmé avoir demandé au Seigneur, s’il devait être assassiné, “la grâce“ de ne pas souffrir, confiant en souriant aux journalistes : “Je ne suis pas très courageux devant la douleur !“

Le pape, en outre, a souhaité expliquer pourquoi il avait procédé à plusieurs reprises à des béatifications ou canonisations dites “équipollentes“, c’est-à-dire dispensées de miracle. Il a affirmé avoir voulu ainsi mettre à l’honneur de “grands évangélisateurs“, comme le jésuite français Pierre Favre (1506-1546) en Europe, les missionnaires Marie Guyart (1599-1672) et François de Montmorency-Laval (1623-1708) au Canada, ou encore le père Joseph Vaz (1651-1711), missionnaire indien au Sri Lanka béatifié la veille à Colombo. Il a alors annoncé qu’il entendait canoniser de la même façon, lors de son voyage aux Etats-Unis en septembre prochain, le franciscain espagnol Junipero Serra (1713-1784), évangélisateur de la Californie.

Au fil de ses réponses, le pape François a également indiqué qu’il publierait son encyclique sur l’écologie humaine en juin ou juillet prochain. Il a indiqué l’avoir récemment soumise à la Congrégation pour la doctrine de la foi et au théologien de la Maison Pontificale, pour être sûr de ne pas dire “des bêtises“. Le pape a aussi confié qu’il souhaitait que ce document magistériel sorte avant le sommet mondial sur le climat prévu à Paris (France) en décembre. Constatant l’échec du dernier sommet de Lima (Pérou), le chef de l’Eglise catholique a lancé : “Espérons qu’à Paris les représentants seront plus courageux“.

A bord de l’avion entre Colombo et Manille, le pape François a ainsi passé pas moins de trois quarts d’heure avec les journalistes qui l’accompagnent. Répondant à huit questions, il est aussi brièvement revenu sur les trois jours passés au Sri Lanka.

A bord de l’avion papal, Antoine-Marie Izoard, I.MEDIA

 

Voici l’intégralité des propos du pape François sur la liberté religieuse et la liberté d’expression :

Hier matin, durant la messe, vous avez parlé de la liberté religieuse comme d’un droit humain fondamental. Dans le respect des différentes religions, jusqu’à quel point peut-on aller en termes de liberté d’expression qui, elle aussi, est un droit humain fondamental ?

Merci pour cette question intelligente ! Je crois que ce sont toutes les deux des droits humains fondamentaux : la liberté religieuse et la liberté d’expression. On ne peut pas… Vous êtes français non ? Alors allons Paris, parlons clairement ! On ne peut pas cacher une vérité aujourd’hui : chacun a le droit de pratiquer sa religion, sans offenser, librement, et nous voulons tous faire ainsi.

Deuxièmement, on ne peut pas offenser, faire la guerre, tuer au nom de sa religion, c’est-à-dire au nom de Dieu.

Ce qui se passe maintenant nous surprend, mais pensons toujours à notre histoire : Combien de guerres de religion avons-nous connu ! Pensez seulement à la nuit de la saint Barthélémy ! Comment comprendre cela ? Nous aussi nous avons été pécheurs sur cela, mais on ne peut pas tuer au nom de Dieu, c’est une aberration. Tuer au nom de Dieu est une aberration. Je crois que c’est le principal, sur la liberté religieuse : on doit le faire avec la liberté, sans offenser, mais sans imposer ni tuer.

La liberté d’expression… Non seulement chacun a la liberté, le droit et aussi l’obligation de dire ce qu’il pense pour aider le bien commun : l’obligation ! Si nous pensons que ce que dit un député ou un sénateur – et pas seulement eux mais tant d’autres - n’est pas la bonne voie, qu’il ne collabore pas au bien commun, nous avons l’obligation de le dire ouvertement. Il faut avoir cette liberté, mais sans offenser. Car il est vrai qu’il ne faut pas réagir violemment, mais si M. Gasbarri (responsable du voyage, debout à ses côtés, ndlr) qui est un grand ami dit un gros mot sur ma mère, il doit s’attendre à recevoir un coup de poing ! C’est normal… On ne peut pas provoquer, on ne peut pas insulter la foi des autres, on ne peut pas se moquer de la foi !

Le pape Benoît, dans un discours dont je ne me souviens pas bien (en fait, le fameux discours de Ratisbonne, ndlr) avait parlé de cette mentalité post-positiviste, de cette métaphysique post-positiviste qui menait au final à croire que les religions ou les expressions religieuses sont un espèce de sous-culture : elles sont tolérées mais elles sont peu de chose, elles ne sont pas dans la culture des Lumières. C’est un héritage des Lumières.

Il y a tant de gens qui parlent mal des religions, qui s’en moquent, qui jouent avec la religion des autres. Ceux-là provoquent… et il peut se passer ce qui arriverait à M. Gasbarri s’il disait quelque chose contre ma mère. Il y a une limite ! Chaque religion a de la dignité, chaque religion qui respecte la vie humaine et l’homme, et je ne peux pas me moquer d’elle… c’est une limite. J’ai pris exemple de la limite pour dire qu’en matière de liberté d’expression il y a des limites, comme pour l’histoire de ma mère. © I.MEDIA


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