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A bord de l'avion papal - le 30/11/2014 à 22:02:00 Agence I.Media
De retour de Turquie, le pape François demande aux musulmans “une condamnation mondiale“ du terrorisme.

A bord de l’avion qui le ramenait d’Istanbul (Turquie), le pape François a souhaité “une condamnation mondiale“ des actes de terrorisme de la part de “tous les leaders musulmans“, le 30 novembre 2014. Le pape a également dénoncé les actes de “christianophobie“, rappelant que chrétiens du Moyen-Orient étaient “chassés“. Au cours d’une longue conférence de presse, il a aussi évoqué sa prière “pour la paix“ à la Mosquée bleue ou encore le dialogue avec l’orthodoxie.


Entre Istanbul et Rome (Italie), le pape François a librement répondu aux questions des journalistes embarqués à bord, pendant 45 minutes. Interpellé sur l’islamophobie croissante évoquée devant lui deux jours plus tôt par le président turc Recep Tayyip Erdogan, le pape François a indiqué que de “nombreux musulmans“ étaient en effet “offensés“ et ne se reconnaissaient pas lorsque leur religion était associée aux “actes terroristes“. “Le Coran, a expliqué le pontife, est un livre prophétique de paix“.

“On ne peut pas dire que tous les musulmans sont des terroristes, comme on ne peut pas dire que tous les chrétiens sont des fondamentalistes… parce que nous en avons aussi ! Dans toutes les religions il y a des petits groupes“, a commenté le pape.

Une condamnation claire

“J’ai dit au président, a rapporté le pape, qu’il serait beau que tous les leaders musulmans - qu’ils soient responsables politiques, religieux ou universitaires - le disent clairement, qu’ils condamnent cela (le terrorisme, ndlr), car cela peut aider la majorité du peuple musulman“. Et le pape François de poursuivre : “Nous avons tous besoin d’une condamnation mondiale, y compris des musulmans (…) qui disent ‘nous ne sommes pas cela, le Coran ce n’est pas cela’“.

Le pape a également évoqué les actes de “christianophobie“. “Je ne veux pas utiliser de paroles doucereuses : les chrétiens sont chassés, au Moyen-Orient“, a affirmé le pape avant de poursuivre : “Certaines fois, comme on l’a vu en Irak, dans la région de Mossoul, ils doivent s’en aller, tout laisser, ou ils doivent payer la taxe, ce qui ensuite ne sert à rien“.

A la demande de savoir pourquoi il n’avait pas pu visiter un camp de réfugiés lors de son séjour en Turquie, le pape François a confié qu’il le souhaitait mais que le temps lui avait manqué et que cela n’avait pas été possible “pour de nombreuses raisons“. La Turquie, semble-t-il, ne voyait pas d’un très bon œil une telle visite. Le pape a aussi confirmé qu’il souhaitait toujours se rendre en Irak, mais que ce n’était pas possible “pour le moment“ et qu’il risquait de “créer un problème assez sérieux aux autorités“, notamment “de sécurité“.

Prière à la Mosquée bleue

En termes de dialogue interreligieux, le pape a souhaité qu’ait lieu “un saut qualitatif“, souhaitant “un dialogue entre personnes religieuses d’appartenances diverses“, un échange “d’expérience religieuse“, et non de la “théologie“. Interpellé sur le sens de son temps de recueillement à la Mosquée bleue d’Istanbul, la veille, le pape François a d’abord confié être venu en Turquie “en pèlerin“ et non “en touriste“. “J’ai ressenti le besoin de prier“, a alors confié le pape à propos de sa visite de la célèbre et somptueuse mosquée, où l’accompagnait le Grand mufti de la ville.

“J’ai prié pour la Turquie, pour la paix, pour le mufti, pour tous, pour moi qui en ai besoin, mais j’ai surtout prié pour la paix“, a encore affirmé le pontife, confiant qu’il avait prié ainsi : “Seigneur, finissons-en avec les guerres“.

Au cours de sa rencontre avec la presse, le pape a également assuré ne pas avoir évoqué avec le président Erdogan la question de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Devant les journalistes, s’il a évité de se prononcer sur le génocide arménien, le pape a cependant espéré avec force la réouverture de la frontière entre la Turquie et l’Arménie.

L’unité sans les théologiens

Concernant l’aspect œcuménique de son séjour, le pape est revenu sur l’unité entre catholiques et orthodoxes, assurant qu’il ne fallait pas “attendre que les théologiens se mettent d’accord“ car “cela n’arrivera jamais“, mais favoriser “l’œcuménisme spirituel“, à savoir “prier ensemble, travailler ensemble, enseigner ensemble“. Il a aussi évoqué une nouvelle fois “l’œcuménisme du sang“ avec la présence de martyrs dans toutes les confessions chrétiennes.

Concernant le dialogue avec le Patriarcat orthodoxe russe, le pape François a indiqué avoir fait savoir au patriarche Cyril sa volonté de le retrouver. “Tu m’appelles, je viens“, a ainsi résumé le pape. “Tous les deux nous voulons nous rencontrer et aller de l’avant“, a-t-il encore assuré, confiant que le patriarche russe était actuellement empêché par la guerre en cours en Ukraine. Dans une référence aux difficultés avec Moscou, le pontife a aussi souhaité la fin de “l’uniatisme“. “Les Eglises orientales catholiques ont vraiment le droit d’exister, mais l’uniatisme est un mot d’une autre époque, a-t-il assuré, il faut trouver une autre voie“.

Pour favoriser le dialogue œcuménique, le pape François a aussi souhaité que chaque Eglise soit moins “autoréférentielle“, qu’elle “cesse de se refléter elle-même“ au risque de devenir “une ONG théologique“. Il a aussi souhaité que catholiques et orthodoxes puissent trouver “un point d’accord à la lumière du premier millénaire“ sur la “primauté“.

Enfin, interpellé sur les remous du récent synode sur la famille autour de l’attitude de l’Eglise à l’égard des homosexuels, le pape François a longuement répondu sur la méthode choisie lors de cette assemblée. Très habilement, il a cependant sciemment évité d’évoquer directement la question des personnes homosexuelles après avoir souhaité que les journalistes ne cherchent pas toujours “le plus éclatant“ car “les gens ont besoin d’être informés sur le voyage“.

“Le synode est un parcours, c’est un chemin“, a alors expliqué le pape François avant de poursuivre sur la méthodologie qui avait été sous le feu des critiques : “Ce n’est pas un parlement, c’est un espace protégé pour que l’Esprit saint puisse parler“. Avant de répondre à dix d’entre eux, le pape avait salué un à un les 65 journalistes qui l’accompagnaient. Au cours de cette rencontre, il a par ailleurs adressé ses “meilleurs vœux“ à la chaîne de télévision catholique française KTO qui s’apprête à fêter ses 15 ans.

A bord de l’avion papal, Antoine-Marie Izoard, I.MEDIA


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